🌾Pour finir le cycle Automnal d'Elembiuios🌾
En conclusion, Lugh le Grand Lumineux est la force du jour, issue de la Nuit/Mère. Il conserve d’Elle la noirceur symbolique du corbeau et est le plus grand des fils d’An(n)a/Dana/Danu. La Morrigane, qui est aussi la Déesse, incarne la Force, l’énergie de la Vie et sa concrétisation en l’homme. Lugh tire de la Morrigane sa force, qu’il transcende et transmute.
Dans sa forme évoluée, Lugh apparaît comme un Apollon supérieur, avec des aspects d’Esus ou de Taranis. Il transcende Bel/Belen et Hermès/Mercure. Il faut le comprendre dans l’esprit celte et du Druidisme antique, difficile à reconstituer mais à faire vivre ici et maintenant. Malgré sa noirceur de corbeau (sens de son nom gaélique), il est le plus brillant, le plus clair et le plus « ouranien » des Dieux.
Le monisme relativiste du paganisme antique exprime un principe duel, transcendable et transcendant. Lugh, sorte de Belen supérieur, représente un « soleil » plus grand que celui associé à Belen. Notre astre n’est qu’un reflet d’un pôle d’énergie plus vaste.
Lugh est l’aboutissement d’une lignée évolutive : son ascendance mêle Fomores (Balor, son grand-père qu’il tue) et Fir Bolg. Cela signe que la Tradition druidique naît d’un métissage entre envahisseurs indo-européens (Celtes) et populations autochtones constructrices des mégalithes.
Si éminent, il n’a besoin d’aucune justification pour rejoindre les Tuatha Dé Danann, qu’il intègre et dirige bientôt contre les Fomores plus sombres et moins évolués. Supérieur à eux, il vient mystérieusement leur prêter « main forte » (d’où son surnom « à la longue main »).
Excellent en tous les arts des trois fonctions duméziliennes, Lug est le grand Polytechnicien : artiste, guerrier, roi et sans doute Druide (les Dieux sont souvent Dieux-Druides). Hors fonction et hors classe, il transcende ces divisions. Il est « le premier », mais le mot perd ici son sens ordinaire.
Sa généalogie et son éminence appuient le monisme relativiste, au cœur de la métaphysique des Druides antiques. Pourtant, il n’est pas un Dieu suprême de type jéhovique ou monothéiste.
Lugh est avant tout un indicateur d’évolution, un équilibreur et un facteur d’harmonie. Tel est le sens de son rôle à la bataille de Mag Tured. Acteur cosmique et frère aîné des hommes, il doit être saisi celtiquement et druidiquement : plus qu’Apollon ou Hermès, il est autre.
Bien que son nom évoque Logos, lux ou leukos, Lug n’est pas seulement un Dieu lumineux du Verbe. Son nom gaélique signifie « corbeau ». Le myriamorphe représente les facettes d’une seule nature : jour/nuit, mâle/femelle, matière/esprit. Lugh est toujours à la fois noir et blanc : noir comme le corbeau, blanc comme la lumière solaire. Selon les épisodes, un aspect de cette dualité est mis en avant, sans éclipser l’autre.
Lugh noir porte les couleurs d’Ana la noire et incarne Belisama, hypostase d’Ana. Son corps énergétique est celui de la Morrigane, la Grande Royale. Les tensions dialectiques se résolvent en déflagrations où l’énergie trouve son chemin. La vieille Déesse préhistorique de la guerre est à la fois mère et amante de Lug, révélé comme champion à Mag Tured.
Il unit en lui toute la généalogie des Dieux fomoriens et gaëls, comme une chaîne d’électrons. Cela évoque le Big Bang, source du monde matériel. La Lugnasad condense toutes ces hiérogamies et contradictions, associées au renouvellement du cycle et aux moissons.
C’est la quatrième et dernière fête celtique lunaire : le cycle se ferme, le 10 revient à 1 et annonce la grande nuit de Samain, début de la nouvelle année. Belteine est la fête symétrique de Samain. Lug fait face à Belisama, la Lugnasad à Imbolc. La Déesse lumineuse Belisama/Brigit d’Imbolc est devenue décrépite, voire « morte » à la Lugnasad. Cette mort est provisoire : la Déesse vit et meurt dans un processus cyclique, inscrit dans une spirale évolutive. Belisama y est liée à notre inspiration, notre Aventia ou Awen.
Bouyer/Manquat
Revue Druidique des Gaules N° 53











