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Les rapports entre Lugh et Bel/Belenos
Lâaspect initiatique et spirituel de Lug et la chaleur radiante de Belenos constituent deux aspects primordiaux de lâarchĂ©type divin rattachĂ© Ă lâastre solaire.
Belenos est un dieu bon, bienfaisant et guĂ©risseur. Il reprĂ©sente le soleil source de vie, de chaleur et de bienfaits. Il agit comme un facteur de prĂ©servation et de conservation, tant de la richesse de la tribu que de la santĂ© de lâindividu.
Lugh, lui, incarne lâĂ©lĂ©ment perturbateur qui provoque les Ă©volutions et les rĂ©volutions. Il se manifeste Ă travers les questions que lâinitiateur pose Ă son Ă©lĂšve, avant de juger ses rĂ©ponses non avec amour et bienveillance, mais avec justice et impartialitĂ©. Câest pourquoi lâon trouve souvent une Ă©pĂ©e nue dans certains rituels initiatiques : elle est lĂ pour trancher, sĂ©parer le vieil homme du nouveau, mais aussi pour tuer en cas de tricherie, de forfaiture ou dâĂ©chec. Lâinitiation passe nĂ©cessairement par une mort â symbolique en cas de succĂšs, car elle est alors suivie dâune renaissance.
Faciliter le travail du candidat, lui souffler les réponses ou accepter une réponse erronée constituerait un cadeau empoisonné qui ruinerait toute son évolution personnelle.
Comme le disait Nietzsche dans *Par-delĂ le bien et le mal*, il est stupide de se demander si la mort est un bien ou un mal : elle est, un point câest toutâŠ
Il en va de mĂȘme pour le corbeau nĂ©crophage, le jugement de lâinitiateur ou le fer du HĂ©ros : leur action peut ĂȘtre un bien ou un mal selon les cas. Eux-mĂȘmes ne sont que des facteurs de renouvellement cyclique, neutres, impartiaux, inhumains au sens positif du terme.
Cet aspect de mort et de renouvellement du cycle est indissociable de la Lugnasad (mort de Tailtiu, rĂ©colte des moissons). Lugh prĂ©sente certains traits de lâApollon primitif, tandis que Belenos correspond Ă lâApollon plus tardif. Le premier est un guerrier redoutable armĂ© de la lance et de lâarc ; le second un « mĂ©decin » ou un musicien dont lâattribut est la lyre.
Dans le mĂȘme registre, on peut citer la vengeance de Lugh contre les fils de Tuireann, le combat de Lug contre Balor, et le dĂ©sir de tuer quâil manifeste dans une version de la bataille de Mag Tuired. Ce dĂ©sir rappelle la fureur guerriĂšre de la Bodb/MorrĂgan. Une fois sa fureur hĂ©roĂŻque dĂ©ployĂ©e, Lug ressemble aussi Ă son fils CĂșchulainn (ou Ă HĂ©raclĂšs). « Il nâest pas anormal que le dieu solaire, lumineux, clair et brillant, radieux de santĂ© et de jeunesse, soit aussi un dieu vindicatif et sombre⊠Ces traits sont complĂ©mentaires et non contradictoires. »
Nous avions vu que la royautĂ© Ă©tait temporaire et que lâĂ©poux de la reine Ă©tait pĂ©riodiquement sacrifiĂ© lorsque sa vitalitĂ© diminuait. Au niveau des racines consonantiques, on peut comparer Chronos/Kronos au crĂąne (CRN). DâoĂč le culte des crĂąnes et le mythe de Bran, dont la tĂȘte devint un talisman oraculaire aprĂšs sa mort â oraculaire comme le corbeau (Huginn et Muninn), associĂ© au cadavre car nĂ©crophage.
Remarque
Chez les Celtes, le corbeau est parfois considĂ©rĂ© comme la rĂ©incarnation de lâĂąme dâun roi sacrĂ©, peut-ĂȘtre parce que lâĂąme Ă©tait supposĂ©e habiter dans le crĂąne. En 998, le roi gallois Hywel Dda dĂ©fendit de tuer les corbeaux, lâĂąme dâArthur pouvant sây trouver. Plusieurs dates sont envisageables pour le sacrifice du roi de lâannĂ©e : la Lugnasad dans un calendrier agraire, le solstice dâhiver dans un calendrier solaire, ou la Samain dans un calendrier lunaire. Câest cette derniĂšre qui ressort prioritairement des textes irlandais Ă©tudiĂ©s par M. Guyonvarcâh. Cela nâĂ©carte pas les deux autres, car dans les paganismes antiques a-dogmatiques, de nombreuses survivances dâarchaĂŻsmes ou de particularismes locaux ont coexistĂ©.
Bouyer/Manquat
Revue Druidique des Gaules N°51

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