Je lisais devant mon cheikh soufi le hadith d’Ibn ‘Abbās (qu’Allah l’agrée), à savoir la parole du Prophète ﷺ : « Si tu demandes, demande à Allah ; et si tu cherches du secours, cherche le secours auprès d’Allah. »
L’explication de l'Imam an-Nawawī — qu'Allah lui fasse miséricorde — me plut grandement lorsqu'il dit : « Si le besoin demandé n'est pas de ceux qui s'accomplissent habituellement par la main des créatures, comme la recherche de la guidance, de la science, la guérison des malades ou le rétablissement, c’est à son Seigneur qu'on doit le demander. Quant à solliciter les créatures et s'en remettre à elles, cela est blâmable. »
Je dis alors au cheikh : « Ce hadith et son explication indiquent qu'il n'est pas permis de demander du secours à autre qu'Allah pour ce dont seul Allah est capable. »
Il me répondit : « Si, cela est permis ! »
Je lui dis : « Et quelle en est la preuve ? »
Le cheikh se mit en colère et s'écria : « Ma tante disait : Ô Cheikh Saad ! (l'un des défunts considérés comme saints). Je lui disais alors : Ma tante, le cheikh Saad te profite-t-il ? Elle me répondait : Je l'invoque, alors il intervient auprès d'Allah et Il me guérit ! »
Je lui dis : « Tu es un homme instruit qui a passé sa vie à lire des livres, et tu puises ta croyance auprès de ta tante ignorante ! »
Il me dit alors : « Tu as des idées wahhabites ! » (en référence au cheikh réformateur Mohammed ibn Abd al-Wahhāb — qu’Allah lui fasse miséricorde).
Or, je ne connaissais rien du wahhabisme en dehors de ce que j'entendais dire par les cheikhs, qui prétendaient qu'ils s'opposaient aux gens, ne croyaient pas aux saints ni à leurs prétendus prodiges, n'aimaient pas le Messager d’Allah ﷺ, ainsi que tant d'autres accusations mensongères dénuées de toute réalité.
Je me dis alors en moi-même : si le wahhabisme consiste à croire en la demande de secours auprès d’Allah seul, et que Celui qui guérit est Allah seul, il me faut impérativement apprendre à le connaître.
Je recherchai ce groupe et parvins jusqu’à lui. Ils se réunissaient chaque jeudi soir pour étudier l’exégèse, la jurisprudence et le hadith. J'y allai accompagné de mes enfants et de quelques jeunes instruits.
Nous entrâmes dans une grande pièce et nous nous assîmes en attendant le cours. Un instant plus tard, le cheikh entra, nous salua, puis s’assit sur sa chaise sans que personne ne se levât pour lui. Je me dis en moi-même : ce cheikh est humble, il n'aime pas qu'on se lève pour lui.
Le cheikh commença son cours en disant : « La louange est à Allah, nous Le louons, nous implorons Son secours et nous Lui demandons pardon... », jusqu'à la fin du sermon (Khutbat al-Ḥājah) par lequel le Messager d’Allah ﷺ ouvrait ses sermons et ses enseignements. Puis il se mit à parler en langue arabe châtiée, citant les hadiths en précisant leur authenticité et leur rapporteur, et priant sur le Prophète ﷺ chaque fois qu'il évoquait son nom.
À la fin du cours, des questions lui furent adressées auxquelles il répondit par les preuves tirées du Livre et de la Sunna, discutant avec certains assistants sans éconduire aucun questionneur ni intervenant. Puis il conclut son cours en disant : « Louange à Allah, nous sommes des musulmans séléfies. Certaines personnes nous qualifient de wahhabites, mais c'est là une attribution de sobriquets injurieux, alors qu’Allah nous en a interdis en disant : “Et ne vous donnez pas de sobriquets” (Les Appartements : 11). »
Lorsque le cheikh acheva son cours, nous sortîmes admiratifs de sa science et de son humilité, et j'entendis l'un des jeunes dire : « Voilà le véritable cheikh ! »
C’est à partir de ce moment que débuta mon voyage vers le monothéisme pur, son appel et sa propagation parmi les gens, en emboîtant le pas au maître de l'humanité ﷺ.
Je loue Allah — Puissant et Majestueux — qui m'a guidé vers cela ; et je n'aurais guidé n'eût été qu'Allah m'a guidé. La louange revient à Allah au début comme à la fin. »