D'inquiétantes technologies de lecture mentale
- Cet article a été publié en 2019 dans le Deccan Chronicle, un quotidien d’information indien (média mainstream équivalent du Parisien) -
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Des technologies permettant de lire les pensées des gens pourraient sembler sorties tout droit d’un roman de science‑fiction, mais elle deviennent pourtant réalité.
Le roman dystopique 1984 de George Orwell, écrit en 1949, décrit un avenir inquiétant où la « Police de la pensée » détecte et punit les « crimes de pensée » - c’est-à-dire les pensées non approuvées par l’État. Nous sommes désormais au XXIᵉ siècle, et nous faisons face à la probabilité de l'émergence de versions modernes de cette « Police de la pensée », rendue possible par des technologies capables de lire l’esprit.
Une forme rudimentaire de cette surveillance émotionnelle existe déjà en Chine, où les employés portent des casques ou des casquettes équipés de capteurs sans fil. Ces capteurs captent les émotions et autres signaux cérébraux des travailleurs, en les transmettant à des ordinateurs où l’intelligence artificielle détecte des états émotionnels jugés indésirables. En cas d’anomalie, l’employeur peut demander au salarié de prendre un jour de congé ou de l’affecter à une tâche moins importante. Ce système a été appliqué à grande échelle dans les usines, les transports publics, les entreprises d’État et l’armée chinoises, dans le but d’améliorer la compétitivité industrielle et de maintenir la stabilité sociale.
Des progrès récents dans l’imagerie neuronale non invasive — tels que l’IRM fonctionnelle (fMRI), l’électroencéphalographie (EEG) et l’apprentissage automatique — permettent d’identifier les pensées humaines. Sans protection juridique, un tel pouvoir pourrait aboutir à des punitions pour « pensées criminelles ».
Des appareils EEG grand public, comme le neuro‑casque Emotiv à environ 300 $, permettent déjà de jouer à des jeux vidéo par la pensée. En 2012, des chercheurs d’Oxford, UC Berkeley et Genève ont mené une expérience montrant qu’ils pouvaient, via ces casques, deviner avec 30 % de précision un code PIN et avec 60 % la date de naissance d’un utilisateur. Ils ont projeté des images de claviers de distributeur et des questions, puis analysé les ondes cérébrales émises.
Dans un futur proche, des hackers pourraient utiliser de tels appareils pour extraire des données personnelles (préférences, affiliations politiques, codes PIN) via internet. De même, les forces de l’ordre ou les gouvernements pourraient incriminer des individus pour des « pensées illégales ». La Chine, avec son système de « crédit social », s’en rapproche déjà.
Aux États-Unis, le programme FAST (Future Attribute Screening Technology) du Département de la Sécurité intérieure teste une forme de détecteur préventif non invasif. Ce système vise à détecter les intentions hostiles (comme un attentat) à distance, via des capteurs dissimulés qui analysent rythme cardiaque, ondes cérébrales et mouvements oculaires.
Le DARPA, branche scientifique du Pentagone, développe une technologie baptisée « Silent Talk » pour permettre aux soldats de communiquer par la pensée, sans radio ni parole. Ils développent également des jumelles de lecture d’esprit plus rapides que la conscience.
Au MIT, un casque conçu par Arnav Kapur détecte les micro-contractions faciales associées au langage intérieur et les convertit en texte.
[NdT : il s'agit du casque AlterEgo déchiffrant subvocalisation, c'est-à-dire les mouvements très discrets des muscles faciaux, de la langue et du larynx qui se produisent lorsqu’on pense à parler ou qu’on "se parle intérieurement" sans émettre de son.]
Après environ 15 minutes d’entraînement, ils atteignent 92 % de précision.
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