Il y a encore quelques temps, je ne savais pas réellement ce que voulait dire patienter.
Et pourtant… des épreuves, j’en ai vécues.
Cela fait bientôt 14 ans que je suis musulmane. Et avec le recul, je réalise qu’il y a énormément de choses que je n’avais jamais comprises sur la patience, les épreuves, la foi… jusqu’à ce que Allah me les fasse comprendre.
Quand je me suis convertie à l’Islam, on m’a beaucoup parlé de sa beauté. De ses bienfaits. De la paix qu’elle apporte. De la prière, du Coran, du tawhid, du voile, des bonnes œuvres…
Mais on ne m’avait pas vraiment parlé de ce que cela pouvait être de devoir tenir debout quand la dounya te met à genoux.
On ne m’avait pas expliqué que ta foi serait éprouvée.
Que parfois tu ferais tout ce qui est en ton pouvoir pour faire le bien, préserver ton foyer, protéger tes enfants, aider ton mari, rester une bonne musulmane, rester douce… et que malgré tout, certaines épreuves viendraient quand même frapper à ta porte.
J’ai vécu des choses difficiles.
J’ai déjà partagé ici une partie de mon enfance, de mon histoire, des blessures que j’ai portées, des injustices, de la pauvreté, des problèmes de santé, des calomnies, de la sorcellerie, des épreuves familiales…
Et pendant tout cela, il fallait continuer.
Travailler.
Tenir son foyer.
Être une mère.
Être une épouse.
Être présente pour les autres.
Soutenir des femmes.
Les encourager.
Leur parler de leurs droits.
Leur dire de se relever.
Leur rappeler leur valeur.
Et surtout… ne rien laisser paraître.
Sourire.
Être motivante.
Être inspirante.
Donner de la force aux autres alors que parfois, intérieurement, je n’en avais plus beaucoup.
C’est difficile de remplir le verre de tout le monde quand ta propre coupe est vide.
C’est difficile de donner quand toi-même, tu ne reçois presque rien.
Et cette page m’a énormément aidée.
Parce qu’ici, je pouvais parler.
Je pouvais déposer un peu de ce que je portais.
Écrire mes épreuves me permettait de ne pas les porter entièrement seule.
Ça m’a permis de tenir.
Ça m’a permis de patienter.
Puis un jour, j’ai arrêté de travailler.
Et quelque chose a changé.
Je me suis retrouvée davantage seule avec mes épreuves.
J’ai beaucoup moins parlé.
Pas parce que je ne vous aime plus.
Pas parce que je n’ai plus envie d’échanger avec vous.
Mais parce que je me suis habituée à la solitude.
Je me suis habituée à tout garder.
À essayer de me rapprocher de mon Seigneur dans le silence.
Et lorsque je partageais certaines de mes épreuves ici, je recevais souvent les mêmes rappels en privé :
« Patiente. »
« Il vaut mieux ne pas parler de tes épreuves. »
« Fais preuve d’une belle patience. »
« Ne te plains pas. »
Et à force de recevoir ces rappels, quelque chose m’a frappée.
J’ai réalisé que moi-même… je ne savais pas réellement ce que signifiait patienter.
Je ne savais pas où était la limite.
Est-ce que patienter signifie tout garder pour soi ?
Est-ce que j’ai le droit de pleurer ?
Est-ce que j’ai le droit de dire que je n’en peux plus ?
Est-ce que j’ai le droit de demander de l’aide ?
À quel moment dois-je parler ?
À quel moment dois-je me protéger ?
À quel moment dois-je accepter ?
À quel moment dois-je me relever ?
Et surtout…
Jusqu’où dois-je aller pour pouvoir dire que j’ai patienté ?
Je vous raconte tt ça parce que je pense qu’il y a une réalité dont nous devons prendre conscience.
Autour de nous, il y a énormément de sœurs ignorantes.
Et je parle aussi de moi.
Ce n’est pas parce qu’une sœur parle de tawakul, porte le voile légiféré, pratique depuis dix ans, partage des rappels ou semble extérieurement ferme dans sa religion qu’elle est une savante.
Et même lorsqu’on a appris beaucoup de choses, nous restons des êtres humains.
Je me considère personnellement ignorante.
J’ai eu la chance de lire beaucoup de rappels, beaucoup de livres, d’apprendre certaines choses… mais je ne suis que un petit poisson dans un immense océan de savoir.
Aucune d’entre nous ne devrait avoir la prétention de regarder une autre de haut