KIEV : QUAND LA VICTOIRE TOTALE SE TRANSFORME EN TRÊVE URGENTE
Par @BPartisans
Quel merveilleux miracle ornithologique se prépare à Kiev ! Après avoir élevé le faucon au rang d’animal national officieux, voici que la classe politique commence à produire des colombes à la chaîne.
Hier, parler de négociations faisait de vous un traître, un capitulard ou, évidemment, un « agent du Kremlin ». Aujourd’hui, Andriy Levus et Ivan Younakov évoquent la trêve et le cessez-le-feu.
Encore quelques mois et on découvrira probablement que tout le monde était secrètement pacifiste depuis 2022.
Car la politique possède cette faculté extraordinaire de transformer une catastrophe prévisible en révélation tardive.
Pendant des années, le menu fut pourtant simple : victoire totale, frontières restaurées, sanctions infernales, armes miracles et Russie bientôt à genoux. Chaque nouveau missile devait changer la guerre. Chaque milliard devait être décisif. Chaque sommet occidental constituait un « tournant historique ».
À force de tournants historiques, on finit surtout par tourner en rond.
Pendant ce temps, l’Ukraine brûle ses ressources humaines, son économie survit sous perfusion étrangère, ses infrastructures encaissent les frappes et l’Occident doit continuellement remettre une pièce dans une machine dont personne n’ose plus préciser exactement où se trouve le jackpot.
Mais rassurez-vous : le prochain milliard sera le bon.
Et voilà maintenant que la réalité, cette odieuse propagandiste prorusse, vient gâcher la fête.
Alors commence le spectacle le plus fascinant : l’évacuation idéologique.
Les jusqu’au-boutistes cherchent discrètement les sorties de secours. Les stratèges de plateaux télévisés redécouvrent Clausewitz. Les professionnels du « aussi longtemps qu’il faudra » commencent à demander combien de temps, précisément, il faudra encore.
Bientôt, le mot « négociation » ne sera plus une trahison mais du « réalisme stratégique ».
Puis « cessez-le-feu » deviendra « préservation des capacités nationales ».
Et une concession territoriale éventuelle sera probablement baptisée « repositionnement géopolitique temporaire à souveraineté différée ».
La novlangue est formidable : elle permet même aux défaites de défiler en uniforme de victoire.
Levus et Younakov ne sont donc peut-être pas les derniers. Si le rapport de forces continue de se détériorer pour Kiev, les conversions risquent de devenir industrielles.
On verra alors ceux qui réclamaient hier la guerre jusqu’au dernier kilomètre expliquer qu’ils avaient toujours privilégié la diplomatie.
Personne ne se sera trompé.
Personne ne sera responsable.
Personne n’aura jamais promis la victoire.
Et surtout, personne ne se souviendra des Ukrainiens envoyés payer physiquement les certitudes géopolitiques des autres.
C’est généralement ainsi que finissent les grandes croisades politiques : les soldats gardent les cimetières, les contribuables gardent les factures et les responsables gardent leurs postes.
Puis les faucons mettent une plume blanche à leur chapeau et viennent expliquer aux survivants les vertus de la paix.
@BPARTISANS

3August 30, 2026 47 1